PlantNet, le « Shazam des plantes » : ce que l’appli fait vraiment de vos photos (et c’est utile pour la science)

Avec une simple photo prise en forêt, lors d’une balade ou même dans votre jardin, l’application peut révéler une identité végétale en quelques secondes. Mais derrière cette facilité apparente, un autre phénomène intrigue de plus en plus les utilisateurs. Que deviennent réellement ces images et comment contribuent‑elles à la science ? La réponse est bien plus riche que vous ne l’imaginez.

Pourquoi l’usage de PlantNet soulève autant de questions

Identifier une plante immédiatement est devenu un geste courant. Pourtant, beaucoup ignorent encore ce que ces observations signifient pour les scientifiques. PlantNet est aujourd’hui utilisé dans le monde entier, mais son public est loin d’être homogène. Une étude d’impact a montré que seulement 12 % des usages sont professionnels, liés à la recherche, à la gestion du territoire, à l’agriculture ou à l’enseignement. La grande majorité des utilisateurs agit donc par simple curiosité.

Les concepteurs expliquent que la répartition géographique des usagers reflète surtout l’accès aux technologies. Les utilisateurs asiatiques sont nombreux et plutôt jeunes, mais la flore chinoise reste peu représentée car les plateformes non étatiques pénètrent difficilement ce marché. De même, les zones tropicales, pourtant riches en biodiversité, sont moins couvertes car l’accès au terrain y est souvent complexe : réseau routier limité, mauvaise connectivité 3G, plantes épiphytes perchées en hauteur.

La couverture est donc contrastée : presque 100 % de la flore européenne est documentée, contre seulement quelques dizaines de pourcent pour les flores tropicales. Ces disparités posent une question essentielle : pourquoi les images collectées sont‑elles aussi précieuses ?

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Car ce décalage n’explique pas encore ce qui se passe réellement une fois la photo envoyée…

Ce que PlantNet fait vraiment de vos photos

La promesse est simple : identifier une plante. En réalité, chaque photo contribue aussi à faire progresser la connaissance scientifique. PlantNet repose sur une immense base qui regroupe aujourd’hui 85 000 espèces sur les quelque 400 000 estimées dans le monde. Et comme environ 2 000 nouvelles espèces sont décrites chaque année, maintenir une telle base à jour est un défi permanent.

Lorsque l’application analyse une photo, elle ne cherche pas seulement une correspondance parfaite. Elle mesure aussi l’incertitude. Car distinguer une espèce rare d’une espèce totalement inconnue reste difficile pour toute intelligence artificielle. C’est pourquoi, en cas d’ambiguïté, PlantNet affiche plusieurs propositions d’espèces.

Les chercheurs travaillent aussi sur la création d’intervalles de confiance pour mieux gérer cette incertitude et améliorer l’identification. Les photos contribuent à ce travail, notamment lorsqu’elles documentent des variétés peu représentées ou des plantes qui évoluent.

PlantNet s’appuie d’ailleurs sur le réseau World Flora Online, qui regroupe des universités, des jardins botaniques et des herbiers du monde entier. L’intégration de PlantNet à ce réseau depuis 2025 permet de mettre à jour les classifications, de mieux documenter les nouvelles espèces et de corriger les erreurs taxonomiques.

Et les usages dépassent largement la botanique classique, ce qui change complètement la manière dont vos photos sont exploitées…

Comment utiliser concrètement PlantNet pour aider la recherche

Chaque fois que vous ouvrez l’application, vous pouvez en réalité contribuer à plusieurs disciplines : écologie, santé, agriculture. Quelques gestes simples maximisent cet impact.

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Prendre les bons clichés

L’application recommande de photographier plusieurs parties de la plante. Certaines données sont bien plus représentées que d’autres :

  • Fleurs : les données les plus nombreuses, car les floraisons de printemps et de début d’été déclenchent beaucoup d’observations.
  • Fruits : moins fréquents mais précieux.
  • Feuilles : utiles mais parfois difficiles à interpréter.
  • Rameaux et écorces : encore moins présents car compliqués à photographier.

Pour une identification optimale, l’équipe recommande toujours de combiner ces éléments : fleur + feuille, fleur + fruit, etc. Cela réduit les risques d’erreur et enrichit la base avec des données complètes.

Créer un compte et activer la géolocalisation

Selon les concepteurs, c’est l’un des gestes les plus utiles. En vous identifiant, vous acceptez des conditions qui facilitent la réutilisation scientifique des données. La géolocalisation permet, elle, de renforcer la précision des modèles écologiques.

Poster même des plantes « pas attractives »

Beaucoup d’espèces sont sous-représentées :

  • Plantes allergisantes comme les genévriers mâles.
  • Plantes rares menacées telles que Marsilea strigosa ou Arenaria provincialis.
  • Adventices agricoles comme Imperata cylindrica ou Galium aparine.

C’est justement sur ces espèces que les chercheurs manquent le plus de photos de qualité. Et cela conditionne plusieurs programmes de recherche en écologie, allergologie ou agriculture.

Mais certaines images, sans que vous le sachiez, ont encore d’autres utilités…

Ce que vos photos permettent de découvrir (au‑delà de l’identification)

Les données de PlantNet ont déjà été utilisées pour modéliser la distribution des espèces et comprendre leur réponse au changement climatique. Elles servent également à détecter les espèces envahissantes comme Carpobrotus edulis ou Mirabilis jalapa, en collaboration avec l’Office français de la biodiversité.

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L’équipe échange aussi avec des chercheurs en santé animale : par exemple, le projet ToxiPlant travaille sur les plantes toxiques pour les chevaux. D’autres collaborations concernent les plantes allergisantes ou encore l’agence ATMO Occitanie, qui intègre les données de floraison dans ses modèles de qualité de l’air liés aux pollens.

Les photos permettent également de documenter les communautés végétales en arrière-plan. Chaque cliché contient des informations sur le milieu, même si ce n’est pas son but premier. Ces données sont encore peu exploitées mais pourraient devenir cruciales.

Ce potentiel est immense, surtout quand on sait que l’application a traité plus de 1,3 milliard de requêtes d’identification. Reste un enjeu majeur : tout n’est pas encore analysable à cette échelle.

Les erreurs fréquentes et ce qu’il faut savoir

Beaucoup pensent que toutes les plantes intéressantes sont déjà bien documentées, mais ce n’est pas le cas. Certaines, pourtant communes, sont rarement photographiées car jugées peu attractives, comme les Festuca et Bromus en bordure de route. À l’inverse, fruits et baies sont très prisés car les utilisateurs veulent souvent savoir si elles sont consommables.

Autre idée reçue : une nouvelle espèce serait forcément très différente visuellement. En réalité, les nouvelles espèces ressemblent souvent fortement à des plantes connues, ce qui complique le travail de l’IA.

Enfin, les espèces ornementales et les hybrides posent un problème particulier : leur grande diversité rend leur reconnaissance moins fiable, même si la couverture progresse.

Ces limites rappellent pourquoi la contribution des utilisateurs reste essentielle.

En développant quelques bonnes habitudes, chacun peut renforcer la connaissance du vivant

Chaque observation enrichit un peu plus la compréhension de la biodiversité mondiale. Photographiez les détails, osez documenter les plantes moins attirantes et pensez à activer la géolocalisation. Ces gestes simples renforcent la précision de l’IA autant qu’ils alimentent les recherches qui comptent aujourd’hui.

Et si vos prochaines photos révélaient une espèce encore inconnue ou un changement écologique majeur ?

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Florence B.
Florence B.

Florence B. est une passionnée de jardinage urbain, spécialisée dans les plantes résistantes et faciles à entretenir. Toujours à la recherche de solutions simples et efficaces, elle partage ses astuces pour que chacun puisse profiter d’un jardin vivant sans y consacrer tout son temps.